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Les “çala” de notre langue parlée…

par | 25 Mar, 2018 | Langue

« Ça l’a bien été. »

Qu’est-ce qui a si bien été pour mériter ce « l » impromptu ? On l’entend même dans des bouches autrement impeccables. Il contient tout un pouvoir de séduction, ce « l ». Allons voir cela de plus près.

Au lieu de vilipender cette mauvaise habitude, si on essayait de la comprendre, dans l’éventualité où les grammairiens la passeraient à l’usage… dans quelques décennies.

« Elle » (lire : la lettre L) tente peut-être d’adoucir, d’arrondir un « ç’a » trop rude à l’oreille. Ou bien, elle a horreur de ce braiment grotesque : « ça a » qui allonge le « a » d’une drôle de façon.

Mais peut-être a-t-elle simplement envie d’un peu de folie, peut-être qu’elle veut secouer, animer, faire danser la langue en y mettant du rythme. Écoutez-vous prononcer les trois formules suivantes. Lisez bien : « Ç’avait l’air », « Ça avait l’air », puis dites : « Ça l’avait l’air ».

Si les pataquès* vous horripilent, je comprends. Mais la répétition du son « l » donne à la dernière version un rythme plus joyeux.

Cela dit, en attendant que l’Académie française n’ait plus le choix d’admettre les « çala », obligée qu’elle sera peut-être un jour d’accepter cette tendance, est-ce qu’on devrait s’appliquer à éviter ces fausses liaisons ?

Pour l’instant, devrions-nous enseigner à nos enfants par l’exemple, afin de préserver l’intégrité de notre langue ? Peut-être, je ne sais pas. Il y a tant de poésie dans notre langue parlée que j‘hésite à prendre parti.

Une langue qui se transforme est une langue vivante, alors je dis: osons, mais dosons. Devant les « çala », restons calme. Respirons par le nez. Pensons aux bons côtés et sourions avec bienveillance, sans complaisance.

*Pataquès: une façon de nommer ce genre d’erreur qui consiste à ajouter une consonne entre deux mots, sans raison.